Accueil Date de création : 30/04/07 Dernière mise à jour : 30/11/11 09:09 / 54 articles publiés

Heureux qui comme Ulysse…  posté le jeudi 10 juillet 2008 17:53

 

Nous voilà donc au terme de cette aventure un peu folle et par conséquent de ce blog.

 

On espère que vous avez pris autant de plaisir à le parcourir que nous en avons eu à l’élaborer tout au long de cette année si riche  en expériences. Notre cœur balance aujourd’hui entre le blues et le jazz, entre la nostalgie du voyage et la joie de vous revoir, amis et parents.

 

Au final je dédicace l’ensemble de ce blog et ce que nous avons vécu à mon père qui a su me communiquer et par ricochet à toute ma petite famille, sa passion de la voile, ses rêves de voyages.

 

 

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Souviens toi !  posté le jeudi 10 juillet 2008 17:49

 

 

Souviens toi, toi qui veux repartir dans cette folle chevauchée sur les vagues et les océans, toi qui a lu ces lignes et qui rêve peut-être, dans ton éternel quotidien, de graver ton destin dans ton propre marbre , celui de toutes les libertés :

 

Qu’il est fastidieux et stressant de préparer un coureur océanique.

Qu’il n’est pas toujours facile de s’affranchir des inquiétudes qu’inspirent la mer et de ses incertaines destinations.

De la fatigue tenace de ton esprit qui regarde l’heure toutes les minutes durant ces interminables quarts de nuit entrecoupés de deux ou trois heures d’un sommeil tellement superficiel.

Que ton univers devient mouvement, gîte, roulis, inclinaison, instabilité et cela sans répit durant des jours, des semaines, en mer, au mouillage et parfois au port.

Que tu n’auras plus ta douche chaude sans avoir à marcher au moins dix minutes jusqu'à la capitainerie.

Que ton eau  et ton énergie sont rationnées à l’extrême lorsque tu navigues.

Que tous tes déplacements se feront à pied.

Que tu dois oublier le congélateur et que tes courses que tu portes à bout de bras sont quotidiennes.

Que tous tes placards spacieux sont devenus de petits réduits d’où il est aussi pénible de sortir de quoi s’alimenter que de ranger les mille avitaillements dont tu as besoin.

Que tu oublies le téléphone portable et que toute communication est sujette à la recherche de bruyantes cabines téléphoniques ou de lointains cybercafés.

Que les éléments décideront du moment de tes départs, de la date et du lieu de tes destinations.

Que tu seras loin de tes amis et de ta famille.

De ces mers grosses, de ces grains tempétueux, de ces houles croisées, de ton impatience à arriver, à gagner ton repos.

De ces heures passées dans le moteur à quatre heure du matin sur ta coque de noix balancée au gré de la houle.

Que la mer sait se combiner aux vents, à la pluie,  aux rochers, aux cargos, à l’obscurité et à la fatigue pour te mettre sans crier gare dans des situations périlleuses.

Que se déplacer aussi loin à la voile demande un effort constant tant en mer qu’au port.

Des mille problèmes que tu as dû résoudre aux mille galères techniques, à la difficulté que tu as eu pour trouver du matériel dans ces pays éloignés.

Des douaniers tatillons qui n’ont absolument pas la même notion du temps que toi.

Que tu ne comprendras pas toujours toutes les cultures que tu rencontreras et que jaillira peut- être l’incompréhension ou la frustration.

Que mangeurs de temps, fastidieux et éprouvants pour les nerfs étaient les cours du CNED.

Que tu vis en huis clos 24 heures sur 24 avec ta famille ou tes équipiers et que ta patience sera éprouvée au-delà de ce que tu as imaginé avant de partir.

Que tu dois t’adapter constamment à cette vie d’aventure, que tu dois oublier tes objectifs pour se laisser emporter par l’imprévu sans frustration.

 

Mais n’oublies pas non plus l’essentiel, car c’est vers cela que tu tends. Donc, souviens toi :

 

Le plaisir que tu as eu à penser et préparer ton bateau, ton voyage.

La joie que tu as eu de partir vers l’inconnu.

Qu’une nuit de sommeil te fait oublier le quart de nuit précédent.

De l’allégresse à fendre l’eau calme poussée par le vent, veillé par les étoiles avec la lune pour compagne.

De la satisfaction d’être autonome sur ton île mouvante, sur ta roulotte des mers.

Du bien être de perdre les kilos en trop qu’une vie oisive t’avait doté.

Que tu vas te rendre compte que de ce téléphone qui constamment sonnait à toutes heures de la journée devient enfin silencieux sauf pour les amis.

De la sensation de vie que tu as lorsque la mer blanche d’écume soulève des mastodontes d’eau à perte de vue.

De la satisfaction que tu as à résoudre les problèmes, à maîtriser techniquement ton bateau.

De la satisfaction à voir ton enfant grandir avec toi, à le voir lire et compter grâce à ton enseignement, de le voir comprendre le monde au travers de tes yeux, de le comprendre au travers des siens.

De cet été perpétuel, du plaisir à vivre sans vêtements nuit et jour, à plonger dans une mer chaude, à découvrir le fascinant monde sous-marin.

Que tu as vu, toutes les beautés tropicales, celles des îles, de ces eaux turquoises, de ces plages de sable blanc, de ces forêts envoûtantes, de ces volcans impressionnants, toute cette nature à l’éclat stupéfiant.

Que tu avances à un autre rythme, à ton rythme, celui du voyage, que tu as eu plus d’expérience et tiré plus d’enseignements en un an que durant toute ta vie, que tu n’as pas fait que voir le monde  mais que tu l’as ressenti, expérimenté, que tu as une autre notion du temps moins emprunte de précipitation et de fuite, centré sur soi et non dédié aux éléments extérieurs, ce que peut-être plus que tout, tu as recherché et trouvé.

Que ton voyage est partagé et cristallisé avec les personnes que tu aimes lui donnant une valeur exponentielle.

Que tu as rencontré sur la mer des gens hors du commun et que tu t’es enrichi à leur contact.

Que tu as vécu libre, au rythme de la nature, au contact d’autres cultures, parlant plusieurs langues, te débrouillant à tout moment, t’adaptant à tout instant, ivre de nouveauté, toujours en mouvement, prêt à repartir, prêt à repartir…

 

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Formidables Açores  posté le mardi 08 juillet 2008 21:31

 

 

La terre se rapproche, enfin. Elle se découpe, noire et verte sur cet horizon si linéaire comme une émeraude enchâssée d’azur. Florès tant espérée apparaît, noircie par ce ciel tourmenté, l’écume de la mer démontée frangeant sa côte verticale. On touche les mythiques Açores, fragments de terres volcaniques perdus au beau milieu de l’océan sans autre repère que son anticyclone, promesse d’été et de chaleur.

Peut-on deviner, d’aussi loin que porte notre regard sur l’horizon qu’un trésor se cache ici, une perle de jade striée de bleu, calme comme une jeune reine de légende siégeant  sur son trône éternel, mutine et majestueuse à la fois, dans l’immensité d’un néant bleuté? La comparer avec la sublime Madère, si proche maintenant, si belle aussi, serait comme comparer deux beautés au cœur tendre, l’une foisonnante, l’autre malicieuse, l’une grande et sauvage, l’autre fine et douce, mais toutes deux tout aussi subjuguantes, utilisant des charmes aussi différents qu’efficaces pour vous envoûter. 

 

Maison traditionnelle açorienne

 

Quelques centaines de mètres en dehors des villages et la magie opère déjà.

 Les routes deviennent un sujet  constant d’émerveillement, bordées d’iris rouges et jaunes, longeant des pâturages d’un vert tendre clôturés d’omniprésentes haies d’hortensias bleus, blancs et parfois violets soutenues par le vert profond de leurs feuillages. 

 

 

 

 

Elles serpentent sur les collines qui surplombent le bleu marine de l’océan, longeant les pâturages où paissent des vaches aux couleurs et aux races multiples suivies par leurs veaux craintifs. Plus haut dans la montagne aux courbes douces et aux monts arrondis, les landes d’arbustes aux plumets pelucheux vous irradient d’un vert tendre et fluorescent qui contraste avec le vert profond  des joncs et des arbrisseaux que les tempêtes d’hiver empêchent de pousser.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors, arrivés sur les plateaux vallonnés, les sept lacs de Florès vous hypnotisent de leurs yeux de cyclope tantôt bleu cobalt tantôt noir ou gris, cerclés de toutes les variations de vert et de brun.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le calme règne en maître sur cette merveille, le vent et le chant des oiseaux pour seule musique et les routes désertes semblent faites uniquement à votre attention, noirs serpentins  lovés sur des épaules de jade.

 

 

 

Mais là où la terre et la mer se rencontrent, Florès  porte à son comble le plaisir des yeux avec  ses falaises échancrées où se glissent des pâturages en terrasses toujours bordées d’  hortensias  surplombés d’imposants plateaux d’où se jètent des cascades fines et vives : le plus beau panorama que nous ayons jamais vu durant ce voyage, une merveille alliant la nature et la main de l’homme.

 

 

 

 

 

Mais d’autres destinations pointent leurs nez…

En point de mire l’île de Faial, avec son port mythique pour tout voyageur au long cours, Horta.

 

  

Ici, tous les plus grands navigateurs ont fait escale et ont laissé leurs marques sur les jetées ou les quais de Horta,  faisant de ce port l’un des plus connus pour ses peintures de marins, offrant à cette escale un indubitable parfum de voyage et d’aventure suggérés. On se sent en communion avec ce port emprunt d’histoires de mer, ce carrefour de toutes les aventures que tant d’autres ont vécu et vivront encore, un trait commun  entre les hommes de voyage.

 

 

 

 

 

Spéciale dédicace pour Sam! 

 

 

Notre griffe

 

 

A port mythique, bar mythique.

 

Impossible de venir à Horta et de ne pas rejoindre Le point de ralliement de tout marin en escale, le bar le plus connu du monde de la voile où tous les Moitessier et autres Tabarly ont éclusé le bon vin des Açores en vantant l’accueil légendaire du lieu, le fameux Bar Café Sport chez Peter. Bon, RAS, on y était, c’était typique, c’était bien.

 

 

 

A nous la navette qui nous mène dans la demie heure sur la voisine Pico la bien nommée. 

On pourrait croire que le seul attrait de l’île réside dans son imposant volcan, haut de 2350 mètres, incontournable géant qui semble couver quelques anciennes colères, mais Pico nous a séduit par bien d’autres aspects.

 

 

Cette île toute en longueur sait alterner les ambiances et les paysages, presque méditerranéens  avec des pins aux effluves de résine chauffée par le soleil longeant des maisons blanches, balnéaires, en passant par les paysages de  montagne entre les plaines de landes vertes et les estives embrumées où paissent des vaches au poil humide avec pour seuls compagnons des lacs esseulés entre de vieux cônes volcaniques ou bien encore de petits champs de maïs que délimitent des murets de roches volcaniques ponctués de  maisons en pierres noires aux volets rouges. On prend le temps ici aussi d’admirer de tels paysages que le majestueux Pico Alto domine toujours, tant les routes, absentes de toute circulation, restent désertes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On passe par des villages de pierres noires bâties sur les franges de laves sombres et déchiquetées qui longent l’océan d’un bleu marine s’engouffrant inlassablement dans les failles étroites  de ces minéraux statufiés et, dans un bruit de tempête, à grand coup de butoir qu’une houle lointaine assène,  la mer tente de lisser la roche rebelle.

 

 

 

 

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Formidables Açores (suite)  posté le mardi 08 juillet 2008 21:30

Puis nos pas suivent immanquablement le chemin du vin et de ces vignes extraordinaires, classées d’ailleurs au patrimoine mondial par l’UNESCO. Entrelacs de lignes vertes et noires, elles s’étendent parfois à perte de vue, brouillonnes et sauvages, protégées des assauts du vent et du sel par un labyrinthe de pierres noires et poreuses, gardiennes intemporelles du vin des hommes.

 

 

 

 

 

Comment font-ils pour la vendange, tel est le mystère ?  

 

Enfin et malheureusement, notre dernière île, notre dernière inconnue. Terceira celle qui recèle une perle rare en son sein, une ville au charme fou, une ville aux mille couleurs imprégnée de toute l’histoire de la marine à voile, celle des mythiques galions chargés d’or et d’épices. Angra de Héroismo, ancien carrefour de l’Atlantique, semble sortie de l’imagination d’un architecte méticuleux et obsédé de couleurs, une ville rêvée où les courbes se mêlent délicatement aux lignes droites, où le blanc et les teintes pastels se juxtaposent dans un équilibre parfait. Où que l’on soit en ville le vieux rose se joint au jaune pâle, puis au gris clair en passant par le jaune safran ou l’écru. On ose le bleu ciel ou le bleu marine cerné de rouge vif, ici  l’orangé ou le parme, par là le bordeaux ou le vert pâle. Mais  la peinture  noire et le blanc des façades, la symétrie et la rectitude des lignes  viennent donner à chaque bâtisse   toute sa dignité et offrent à Angra nichée dans le creux de sa verte baie, un charme extraordinaire là où ailleurs, tant de couleurs pourraient sembler ridicules.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais le temps est passé et le temps est venu. Ce soir nous sommes orphelins, orphelins de tous ces archipels qui nous ont tous fait rêver sans faillir, de ces cotillons de terre, pleins de promesses, d’étonnement et de découverte et nous repartons finalement au terme de ces 12 mois sur le « continent », avec dans les yeux toute la beauté du monde des îles.     

 

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Histoire de fou  posté le lundi 23 juin 2008 19:55

 

 

 

On a pêché un fou, un dingo, un allumé du poulpe, un bigleux des mers, un palmipède à entonnoir, bref, un doux dingue qui s'est prit pour un thon, -quelle histoire !- juste avant un grain monumental à quelques encablures de Grenade alors qu’une chasse se profilait à une centaine de mètres de l’étrave. Il s’en est sorti, le bougre, avec deux petits trous dans le jabot et un indicible étonnement à être l’invité-surprise de ces drôles de baleines à voiles chevauchées par ces inquiétants bipèdes surexcités.

 

 

Il est calme hein?


Enfin ça pique un peu...

 

Il faut dire qu’on est des vernis, nous, et en matière d’anecdotes « abracadabrantesques » on en connaît un rayon !


Tenez, l’histoire de l’américain (avec un petit « a » s'il vous plait) :


Carriacou, au cœur de Grenadines, terre de paradis s’il en est, on fait connaissance avec Pascal, Madelon et leurs deux enfants avec qui on passe une très bonne journée, rejoints le soir, c’est décidemment une excellente journée, par Franck et Christian (les incontournables Adagio) accompagnés par l’extravagante Helena et sa fille récupérées on ne sait où, tout ce beau monde de retour de Grenade.

Bon, le soir venu, tout va pour le mieux à huit autour du carré de la Papaye, à siroter Ti punch sur Ti punch dans une ambiance propre aux gens de mers, arrosée et fraternelle, bref tout va pour le mieux jusqu'à ce qu’une ombre inquiétante se découpe sur le ciel nocturne accompagnée de quelques douteux vagissements couverts par nos bruyantes palabres. Dans le doute je ne m’abstiens pas et je sors, croyant tout bonnement qu’un gros bateau peu discret passait un peu près du notre pour s’amarrer à une bouée ou pour s’ancrer.

Horreur !

Un monstrueux catamaran de 50 pieds, 25 tonnes, au bas mot, est quasiment encastré dans le bateau des Adagio ancré à 20 mètres sur notre tribord, bateau devenu minuscule barque à voile ballottée par un monstre Texan qui malmène la pauvre esquif à grand coup de boutoir, qui d’un côté, qui de l’autre, empêtré dans la chaîne gémissante sous le coup du vent soutenu et d’une surtension de 25 tonnes de conneries.

On se précipite à bord d’un coup d’annexe pour tenter de parer les chocs, vociférants dans toutes les langues pour guider l’imbécile à la barre, incapable de se dépêtrer tout américain qu’il était.

Après que les filières, les chandeliers et le davier d’étrave (la pièce de métal qui guide la chaîne hors du bateau) se soit fait proprement casser ou plier, le mastodonte se dégage lourdement et repart au fond de la baie pour s’ancrer.


On constate tristement les dégâts, et un peu choqués, n’ayant rien d’autre à faire en plus, on rejoint notre bord pour écluser quelques rhums consolateurs en attendant l’évidente venue du yankee.

20 minutes plus tard toujours pas de visite.

On sort pour observer l’hypothétique arrivée de l’énergumène et vla ti pas que l’on sent une bonne odeur de barbecue dispensée par notre as de la manœuvre.

La moutarde nous monte au nez ! Ce goujat n’est même pas venu s’excuser ou au moins nous donner une explication pour son abordage et s’adonne tranquillement à la seule cuisine dont sont capables ces congénères.

Un comble, nous voilà repartis en annexe vers le roi des mers (du monde ?) réclamer audience à sa majesté.

Un peu beaucoup tendu on lui explique que dans un monde civilisé, si on provoque un accident, on vient s’excuser, même si ce n’est pas directement de votre faute et qu’on l’attend sur notre bateau le plus tôt possible.

Pas le moins du monde déstabilisé, mais j’ose le croire, passez moi l’expression, le cul un peu merdeux, notre empereur de la braise acquiesce gentiment et nous promet de passer d’ici peu.

Enfin après une rapide entrevue à notre bord, tout en anglais évidemment (on connaît le don inné de nos voisins d’outre atlantique pour ne pas apprendre notre langue, rectification toute autre langue que la leur, et encore), nous voilà informés que son corps mort (bouée d’amarrage) avait lâché et que l’on allait se voir demain pour faire les papiers d’assurance.


Votre serviteur, désigné d’office comme interprète juridique et lexique marin multi langues, se voit réveillé aux premières heures de son aube, vers 9 heures quoi, les synapses douloureuses et les yeux en-rhum-és, par notre Bruce Willis nain (j’avais oublier de vous dire qu’ils se ressemblaient fort, de tête et de morphologie) et notre Franck, quelque peu angoissé par nos futures négociations vu notre premier contact et un tantinet fatigué par une nuit hantée d’araignées d’eaux géantes aux couleurs de la bannière étoilée poursuivant d’innocentes petites grenouilles portant bérets.

Son appréhension était justifiée.

Notre héros du 5 ème élément nous fait passer dans la quatrième dimension et commence à minimiser les dégâts, sous- entendant que certains chandeliers étaient déjà pliés avant le choc et nous écrit , là, à la va- vite sur un bout de papier déchiré, un constat des plus sommaires. On doit lui arracher un papier officiel de son assurance qu’il nous abandonne comme une ultime concession à sa patience. Le traducteur patine, s’engage, tente de se faire comprendre et notre courageux défenseur de toutes les libertés (enfin surtout de la sienne) commence à prendre la poudre d’escampette prétendant devoir partir pour arriver à bon port avant la nuit tombée. Croyant le fait trop culotté pour être possible, croyant qu’une pose était nécessaire dans ces négociations houleuses, on se concerte sur la marche à suivre quelques minutes.


Mais l’électeur en puissance de George- W- Bush commence à lever l’ancre ma parole !

On lance immédiatement un appel VHF (radio émetteur récepteur pour communiquer en mer) pour signaler aux autres bateaux au mouillage la fuite du terroriste, et on se lance rapidement suivis par quatre ou cinq annexes littéralement à l’abordage du sombre navire.

Autant vous dire que le ton est rapidement monté à son bord et que l’explication s’est faite à coups de gnions, inaugurés bien entendu par notre GI de service. Après quelques échanges de techniques diverses de boxe et d’arts martiaux et à la suite d’un ultime plaquage sur le carré extérieur, le bouffeur d’hamburger s’étouffe privé de son coca et baisse les bras devant l’adversité et la nuée de petites annexes solidaires, isolant son bateau du reste du monde.

 

Ca chauffe aux states!

 

Finalement un constat plus ou moins correct fût rédigé en fin de matinée et nous n’étions pas mécontents de voir partir ce cow-boy de pacotille juché sur un destrier ridiculement trop grand pour lui.


Ou alors, une bien bonne, tiens.

En voilier dans ces contrées éloignées on a toujours une petite appréhension du piratage. Deux fois nous l’avons été. Mais sur nos comptes bancaires! Moins impressionnant mais tout aussi emmernuyant…


Et puis on s’est retrouvé comme on l’ a déjà écrit avec des chauves souris incontinentes dans le carré en pleine nuit, on a perdu la Papaye pour la retrouver in extremis à Madère,on a nagé dans un port venté pour dégager un bout de corps mort engagé dans l’hélice, dangereusement orienté vers de paisibles bateaux déjà à quai, on a parcouru des centaines de milles pour réparer un guindeau neuf, fraîchement acheté à grand prix ( pas celui de la tranquillité en tout cas) pour revenir encore pour une défaillance du contacteur à pied, on s’est retrouvé avant de traverser vers les Açores les cales pleines de viandes d’autruche( !!!), cuisinées et mises sous vide, qu’un bateau convoyé d’Afrique du Sud nous a gentiment offert faute de le jeter ,et encore mille autres inconnues jetées par le destin sur notre route zigzagante.

 

Durant toute cette année l’aventure était vraiment « au coin de la rue », cachée dans la constante incertitude du lendemain, du mouillage ou du port vers lequel on voguait, du nouveau pays à découvrir.

Où serons-nous, que ferons-nous demain, qui va-t-on rencontrer, quelles inconnues, quelles nouvelles galères parfois, voilà des questions qu’on ne s’est vite plus posées tant les réponses devenaient aléatoires et incertaines. On a tracé des routes, certes, mais le fascinant chaos du voyage a vite bouleversé toutes nos prévisions. Pas d’escale africaine pas plus de Cuba ou de New York.

Mais au diable les échafaudages de salon, dans le vécu, toutes choses s’imbriquent à la perfection mais rarement comme on l’entend.

Alors, au travers de nos mille péripéties on pourrait définir l’aventure, la notre tout du moins, comme une succession d’évènements qui sortent de l’ordinaire sans être extraordinaires.

On s’en est délecté chaque jour (parfois avec le recul tout de même).

 

 

Ca c'est du crawl

 

 

 

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