Nous voilà donc
au terme de cette aventure un peu folle et par conséquent de
ce blog.
On espère que
vous avez pris autant de plaisir à le parcourir que nous en
avons eu à l’élaborer tout au long de cette
année si riche en expériences. Notre
cœur balance aujourd’hui entre le blues et le jazz,
entre la nostalgie du voyage et la joie de vous revoir, amis et
parents.
Au final je
dédicace l’ensemble de ce blog et ce que nous avons
vécu à mon père qui a su me communiquer et par
ricochet à toute ma petite famille, sa passion de la voile,
ses rêves de voyages.
Souviens toi, toi qui veux repartir dans cette folle chevauchée sur les vagues et les océans, toi qui a lu ces lignes et qui rêve peut-être, dans ton éternel quotidien, de graver ton destin dans ton propre marbre , celui de toutes les libertés :
Qu’il est fastidieux et stressant de préparer un coureur océanique.
Qu’il n’est pas toujours facile de s’affranchir des inquiétudes qu’inspirent la mer et de ses incertaines destinations.
De la fatigue tenace de ton esprit qui regarde l’heure toutes les minutes durant ces interminables quarts de nuit entrecoupés de deux ou trois heures d’un sommeil tellement superficiel.
Que ton univers devient mouvement, gîte, roulis, inclinaison, instabilité et cela sans répit durant des jours, des semaines, en mer, au mouillage et parfois au port.
Que tu n’auras plus ta douche chaude sans avoir à marcher au moins dix minutes jusqu'à la capitainerie.
Que ton eau et ton énergie sont rationnées à l’extrême lorsque tu navigues.
Que tous tes déplacements se feront à pied.
Que tu dois oublier le congélateur et que tes courses que tu portes à bout de bras sont quotidiennes.
Que tous tes placards spacieux sont devenus de petits réduits d’où il est aussi pénible de sortir de quoi s’alimenter que de ranger les mille avitaillements dont tu as besoin.
Que tu oublies le téléphone portable et que toute communication est sujette à la recherche de bruyantes cabines téléphoniques ou de lointains cybercafés.
Que les éléments décideront du moment de tes départs, de la date et du lieu de tes destinations.
Que tu seras loin de tes amis et de ta famille.
De ces mers grosses, de ces grains tempétueux, de ces houles croisées, de ton impatience à arriver, à gagner ton repos.
De ces heures passées dans le moteur à quatre heure du matin sur ta coque de noix balancée au gré de la houle.
Que la mer sait se combiner aux vents, à la pluie, aux rochers, aux cargos, à l’obscurité et à la fatigue pour te mettre sans crier gare dans des situations périlleuses.
Que se déplacer aussi loin à la voile demande un effort constant tant en mer qu’au port.
Des mille problèmes que tu as dû résoudre aux mille galères techniques, à la difficulté que tu as eu pour trouver du matériel dans ces pays éloignés.
Des douaniers tatillons qui n’ont absolument pas la même notion du temps que toi.
Que tu ne comprendras pas toujours toutes les cultures que tu rencontreras et que jaillira peut- être l’incompréhension ou la frustration.
Que mangeurs de temps, fastidieux et éprouvants pour les nerfs étaient les cours du CNED.
Que tu vis en huis clos 24 heures sur 24 avec ta famille ou tes équipiers et que ta patience sera éprouvée au-delà de ce que tu as imaginé avant de partir.
Que tu dois t’adapter constamment à cette vie d’aventure, que tu dois oublier tes objectifs pour se laisser emporter par l’imprévu sans frustration.
Mais n’oublies pas non plus l’essentiel, car c’est vers cela que tu tends. Donc, souviens toi :
Le plaisir que tu as eu à penser et préparer ton bateau, ton voyage.
La joie que tu as eu de partir vers l’inconnu.
Qu’une nuit de sommeil te fait oublier le quart de nuit précédent.
De l’allégresse à fendre l’eau calme poussée par le vent, veillé par les étoiles avec la lune pour compagne.
De la satisfaction d’être autonome sur ton île mouvante, sur ta roulotte des mers.
Du bien être de perdre les kilos en trop qu’une vie oisive t’avait doté.
Que tu vas te rendre compte que de ce téléphone qui constamment sonnait à toutes heures de la journée devient enfin silencieux sauf pour les amis.
De la sensation de vie que tu as lorsque la mer blanche d’écume soulève des mastodontes d’eau à perte de vue.
De la satisfaction que tu as à résoudre les problèmes, à maîtriser techniquement ton bateau.
De la satisfaction à voir ton enfant grandir avec toi, à le voir lire et compter grâce à ton enseignement, de le voir comprendre le monde au travers de tes yeux, de le comprendre au travers des siens.
De cet été perpétuel, du plaisir à vivre sans vêtements nuit et jour, à plonger dans une mer chaude, à découvrir le fascinant monde sous-marin.
Que tu as vu, toutes les beautés tropicales, celles des îles, de ces eaux turquoises, de ces plages de sable blanc, de ces forêts envoûtantes, de ces volcans impressionnants, toute cette nature à l’éclat stupéfiant.
Que tu avances à un autre rythme, à ton rythme, celui du voyage, que tu as eu plus d’expérience et tiré plus d’enseignements en un an que durant toute ta vie, que tu n’as pas fait que voir le monde mais que tu l’as ressenti, expérimenté, que tu as une autre notion du temps moins emprunte de précipitation et de fuite, centré sur soi et non dédié aux éléments extérieurs, ce que peut-être plus que tout, tu as recherché et trouvé.
Que ton voyage est partagé et cristallisé avec les personnes que tu aimes lui donnant une valeur exponentielle.
Que tu as rencontré sur la mer des gens hors du commun et que tu t’es enrichi à leur contact.
Que tu as vécu libre, au rythme de la nature, au contact d’autres cultures, parlant plusieurs langues, te débrouillant à tout moment, t’adaptant à tout instant, ivre de nouveauté, toujours en mouvement, prêt à repartir, prêt à repartir…
La terre se rapproche,
enfin. Elle se découpe, noire et verte sur cet horizon si
linéaire comme une émeraude enchâssée
d’azur. Florès tant espérée apparaît,
noircie par ce ciel tourmenté, l’écume de la mer
démontée frangeant sa côte verticale. On touche les
mythiques Açores, fragments de terres volcaniques perdus au
beau milieu de l’océan sans autre repère que son
anticyclone, promesse d’été et de
chaleur.
Peut-on deviner,
d’aussi loin que porte notre regard sur l’horizon
qu’un trésor se cache ici, une perle de jade striée
de bleu, calme comme une jeune reine de légende siégeant
sur son trône
éternel, mutine et majestueuse à la fois, dans
l’immensité d’un néant bleuté? La
comparer avec la sublime Madère, si proche maintenant, si
belle aussi, serait comme comparer deux beautés au cœur
tendre, l’une foisonnante, l’autre malicieuse,
l’une grande et sauvage, l’autre fine et douce, mais
toutes deux tout aussi subjuguantes, utilisant des charmes aussi
différents qu’efficaces pour vous
envoûter.
Maison traditionnelle
açorienne
Quelques centaines de
mètres en dehors des villages et la magie opère
déjà.
Les routes deviennent un
sujet constant
d’émerveillement, bordées d’iris rouges et
jaunes, longeant des pâturages d’un vert tendre
clôturés d’omniprésentes haies
d’hortensias bleus, blancs et parfois violets soutenues par
le vert profond de leurs feuillages.
Elles serpentent sur les
collines qui surplombent le bleu marine de l’océan,
longeant les pâturages où paissent des vaches aux
couleurs et aux races multiples suivies par leurs veaux craintifs.
Plus haut dans la montagne aux courbes douces et aux monts
arrondis, les landes d’arbustes aux plumets pelucheux vous
irradient d’un vert tendre et fluorescent qui contraste avec
le vert profond des
joncs et des arbrisseaux que les tempêtes d’hiver
empêchent de pousser.
Alors, arrivés sur
les plateaux vallonnés, les sept lacs de Florès vous
hypnotisent de leurs yeux de cyclope tantôt bleu cobalt
tantôt noir ou gris, cerclés de toutes les variations de
vert et de brun.
Le calme règne en
maître sur cette merveille, le vent et le chant des oiseaux
pour seule musique et les routes désertes semblent faites
uniquement à votre attention, noirs serpentins lovés sur des épaules
de jade.
Mais là où la
terre et la mer se rencontrent, Florès porte à son comble le
plaisir des yeux avec
ses falaises échancrées où se glissent des
pâturages en terrasses toujours bordées
d’ hortensias surplombés
d’imposants plateaux d’où se jètent des
cascades fines et vives : le plus beau panorama que nous ayons
jamais vu durant ce voyage, une merveille alliant la nature et la
main de l’homme.
Mais d’autres
destinations pointent leurs nez…
En point de mire
l’île de Faial, avec son port mythique pour tout
voyageur au long cours, Horta.
Ici, tous les plus
grands navigateurs ont fait escale et ont laissé leurs marques
sur les jetées ou les quais de Horta, faisant de ce port l’un
des plus connus pour ses peintures de marins, offrant à cette
escale un indubitable parfum de voyage et d’aventure
suggérés. On se sent en communion avec ce port emprunt
d’histoires de mer, ce carrefour de toutes les aventures que
tant d’autres ont vécu et vivront encore, un trait
commun entre les
hommes de voyage.
Spéciale
dédicace pour Sam!
Notre griffe
A port mythique, bar
mythique.
Impossible de venir
à Horta et de ne pas rejoindre Le point de ralliement de tout
marin en escale, le bar le plus connu du monde de la voile où
tous les Moitessier et autres Tabarly ont éclusé le bon
vin des Açores en vantant l’accueil légendaire
du lieu, le fameux Bar Café Sport chez Peter. Bon, RAS, on y
était, c’était typique, c’était
bien.
A nous la navette qui
nous mène dans la demie heure sur la voisine Pico la bien
nommée.
On pourrait croire que
le seul attrait de l’île réside dans son imposant
volcan, haut de 2350 mètres, incontournable géant qui
semble couver quelques anciennes colères, mais Pico nous a
séduit par bien d’autres aspects.
Cette île toute en
longueur sait alterner les ambiances et les paysages, presque
méditerranéens avec des pins aux effluves de
résine chauffée par le soleil longeant des maisons
blanches, balnéaires, en passant par les paysages
de montagne entre les
plaines de landes vertes et les estives embrumées où
paissent des vaches au poil humide avec pour seuls compagnons des
lacs esseulés entre de vieux cônes volcaniques ou bien
encore de petits champs de maïs que délimitent des murets
de roches volcaniques ponctués de maisons en pierres noires aux
volets rouges. On prend le temps ici aussi d’admirer de tels
paysages que le majestueux Pico Alto domine toujours, tant les
routes, absentes de toute circulation, restent
désertes.
On passe par des
villages de pierres noires bâties sur les franges de laves
sombres et déchiquetées qui longent l’océan
d’un bleu marine s’engouffrant inlassablement dans les
failles étroites de ces minéraux
statufiés et, dans un bruit de tempête, à grand coup
de butoir qu’une houle lointaine assène, la mer tente de lisser la roche
rebelle.
Puis nos pas
suivent immanquablement le chemin du vin et de ces vignes
extraordinaires, classées d’ailleurs au patrimoine
mondial par l’UNESCO. Entrelacs de lignes vertes et noires,
elles s’étendent parfois à perte de vue,
brouillonnes et sauvages, protégées des assauts du
vent et du sel par un labyrinthe de pierres noires et poreuses,
gardiennes intemporelles du vin des
hommes.
Comment
font-ils pour la vendange, tel est le
mystère ?
Enfin et
malheureusement, notre dernière île, notre
dernière inconnue. Terceira celle qui recèle une
perle rare en son sein, une ville au charme fou, une ville aux
mille couleurs imprégnée de toute l’histoire de
la marine à voile, celle des mythiques galions
chargés d’or et d’épices. Angra de
Héroismo, ancien carrefour de l’Atlantique, semble
sortie de l’imagination d’un architecte
méticuleux et obsédé de couleurs, une ville
rêvée où les courbes se mêlent
délicatement aux lignes droites, où le blanc et les
teintes pastels se juxtaposent dans un équilibre parfait.
Où que l’on soit en ville le vieux rose se joint au
jaune pâle, puis au gris clair en passant par le jaune safran
ou l’écru. On ose le bleu ciel ou le bleu marine
cerné de rouge vif, ici l’orangé ou le
parme, par là le bordeaux ou le vert pâle. Mais
la peinture
noire et le blanc des
façades, la symétrie et la rectitude des
lignes viennent
donner à chaque bâtissetoute sa dignité et
offrent à Angra nichée dans le creux de sa verte
baie, un charme extraordinaire là où ailleurs, tant
de couleurs pourraient sembler ridicules.
Mais le
temps est passé et le temps est venu. Ce soir nous sommes
orphelins, orphelins de tous ces archipels qui nous ont tous fait
rêver sans faillir, de ces cotillons de terre, pleins de
promesses, d’étonnement et de découverte et
nous repartons finalement au terme de ces 12 mois sur le
« continent », avec dans les yeux toute la
beauté du monde des îles.
On a pêché un fou, un dingo, un
allumé du poulpe, un bigleux des mers, un palmipède
à entonnoir, bref, un doux dingue qui s'est prit pour un thon,
-quelle histoire !- juste avant un grain monumental à quelques
encablures de Grenade alors qu’une chasse se profilait à
une centaine de mètres de l’étrave. Il s’en
est sorti, le bougre, avec deux petits trous dans le jabot et un
indicible étonnement à être
l’invité-surprise de ces drôles de baleines à
voiles chevauchées par ces inquiétants bipèdes
surexcités.
Il est calme
hein?
Enfin ça pique
un peu...
Il faut dire qu’on est des vernis, nous, et
en matière d’anecdotes « abracadabrantesques »
on en connaît un rayon !
Tenez, l’histoire de l’américain
(avec un petit « a » s'il vous plait) :
Carriacou, au cœur de Grenadines, terre de
paradis s’il en est, on fait connaissance avec Pascal,
Madelon et leurs deux enfants avec qui on passe une très bonne
journée, rejoints le soir, c’est décidemment une
excellente journée, par Franck et Christian (les
incontournables Adagio) accompagnés par l’extravagante
Helena et sa fille récupérées on ne sait où,
tout ce beau monde de retour de Grenade.
Bon, le soir venu, tout va pour le mieux à
huit autour du carré de la Papaye, à siroter Ti punch sur
Ti punch dans une ambiance propre aux gens de mers, arrosée et
fraternelle, bref tout va pour le mieux jusqu'à ce
qu’une ombre inquiétante se découpe sur le ciel
nocturne accompagnée de quelques douteux vagissements couverts
par nos bruyantes palabres. Dans le doute je ne m’abstiens
pas et je sors, croyant tout bonnement qu’un gros bateau peu
discret passait un peu près du notre pour s’amarrer
à une bouée ou pour s’ancrer.
Horreur !
Un monstrueux catamaran de 50 pieds, 25 tonnes, au
bas mot, est quasiment encastré dans le bateau des Adagio
ancré à 20 mètres sur notre tribord, bateau devenu
minuscule barque à voile ballottée par un monstre Texan
qui malmène la pauvre esquif à grand coup de boutoir, qui
d’un côté, qui de l’autre, empêtré
dans la chaîne gémissante sous le coup du vent soutenu et
d’une surtension de 25 tonnes de conneries.
On se précipite à bord d’un coup
d’annexe pour tenter de parer les chocs, vociférants
dans toutes les langues pour guider l’imbécile à la
barre, incapable de se dépêtrer tout américain
qu’il était.
Après que les filières, les chandeliers
et le davier d’étrave (la pièce de métal qui
guide la chaîne hors du bateau) se soit fait proprement casser
ou plier, le mastodonte se dégage lourdement et repart au fond
de la baie pour s’ancrer.
On constate tristement les dégâts, et un
peu choqués, n’ayant rien d’autre à faire en
plus, on rejoint notre bord pour écluser quelques rhums
consolateurs en attendant l’évidente venue du
yankee.
20 minutes plus tard toujours pas de
visite.
On sort pour observer l’hypothétique
arrivée de l’énergumène et vla ti pas que
l’on sent une bonne odeur de barbecue dispensée par
notre as de la manœuvre.
La moutarde nous monte au nez ! Ce goujat
n’est même pas venu s’excuser ou au moins nous
donner une explication pour son abordage et s’adonne
tranquillement à la seule cuisine dont sont capables ces
congénères.
Un comble, nous voilà repartis en annexe vers
le roi des mers (du monde ?) réclamer audience à sa
majesté.
Un peu beaucoup tendu on lui explique que dans un
monde civilisé, si on provoque un accident, on vient
s’excuser, même si ce n’est pas directement de
votre faute et qu’on l’attend sur notre bateau le plus
tôt possible.
Pas le moins du monde déstabilisé, mais
j’ose le croire, passez moi l’expression, le cul un peu
merdeux, notre empereur de la braise acquiesce gentiment et nous
promet de passer d’ici peu.
Enfin après une rapide entrevue à notre
bord, tout en anglais évidemment (on connaît le don
inné de nos voisins d’outre atlantique pour ne pas
apprendre notre langue, rectification toute autre langue que la
leur, et encore), nous voilà informés que son corps mort
(bouée d’amarrage) avait lâché et que
l’on allait se voir demain pour faire les papiers
d’assurance.
Votre serviteur, désigné d’office
comme interprète juridique et lexique marin multi langues, se
voit réveillé aux premières heures de son aube, vers
9 heures quoi, les synapses douloureuses et les yeux
en-rhum-és, par notre Bruce Willis nain (j’avais oublier
de vous dire qu’ils se ressemblaient fort, de tête et de
morphologie) et notre Franck, quelque peu angoissé par nos
futures négociations vu notre premier contact et un tantinet
fatigué par une nuit hantée d’araignées
d’eaux géantes aux couleurs de la bannière
étoilée poursuivant d’innocentes petites
grenouilles portant bérets.
Son appréhension était
justifiée.
Notre héros du 5 ème élément
nous fait passer dans la quatrième dimension et commence
à minimiser les dégâts, sous- entendant que certains
chandeliers étaient déjà pliés avant le choc et
nous écrit , là, à la va- vite sur un bout de papier
déchiré, un constat des plus sommaires. On doit lui
arracher un papier officiel de son assurance qu’il nous
abandonne comme une ultime concession à sa patience. Le
traducteur patine, s’engage, tente de se faire comprendre et
notre courageux défenseur de toutes les libertés (enfin
surtout de la sienne) commence à prendre la poudre
d’escampette prétendant devoir partir pour arriver
à bon port avant la nuit tombée. Croyant le fait trop
culotté pour être possible, croyant qu’une pose
était nécessaire dans ces négociations houleuses, on
se concerte sur la marche à suivre quelques
minutes.
Mais l’électeur en puissance de George-
W- Bush commence à lever l’ancre ma parole !
On lance immédiatement un appel VHF (radio
émetteur récepteur pour communiquer en mer) pour signaler
aux autres bateaux au mouillage la fuite du terroriste, et on se
lance rapidement suivis par quatre ou cinq annexes
littéralement à l’abordage du sombre
navire.
Autant vous dire que le ton est rapidement
monté à son bord et que l’explication s’est
faite à coups de gnions, inaugurés bien entendu par notre
GI de service. Après quelques échanges de techniques
diverses de boxe et d’arts martiaux et à la suite
d’un ultime plaquage sur le carré extérieur, le
bouffeur d’hamburger s’étouffe privé de son
coca et baisse les bras devant l’adversité et la
nuée de petites annexes solidaires, isolant son bateau
du reste du monde.
Ca chauffe aux
states!
Finalement un constat plus ou moins correct
fût rédigé en fin de matinée et nous
n’étions pas mécontents de voir partir ce cow-boy
de pacotille juché sur un destrier ridiculement trop grand
pour lui.
Ou alors, une bien bonne, tiens.
En voilier dans ces contrées
éloignées on a toujours une petite appréhension du
piratage. Deux fois nous l’avons été. Mais sur nos
comptes bancaires! Moins impressionnant mais tout aussi
emmernuyant…
Et puis on s’est retrouvé comme on
l’ a déjà écrit avec des chauves souris
incontinentes dans le carré en pleine nuit, on a perdu la
Papaye pour la retrouver in extremis à Madère,on a
nagé dans un port venté pour dégager un bout de
corps mort engagé dans l’hélice, dangereusement
orienté vers de paisibles bateaux déjà à quai,
on a parcouru des centaines de milles pour réparer un guindeau
neuf, fraîchement acheté à grand prix ( pas celui de
la tranquillité en tout cas) pour revenir encore pour une
défaillance du contacteur à pied, on s’est
retrouvé avant de traverser vers les Açores les cales
pleines de viandes d’autruche( !!!), cuisinées et mises
sous vide, qu’un bateau convoyé d’Afrique du Sud
nous a gentiment offert faute de le jeter ,et encore mille autres
inconnues jetées par le destin sur notre route
zigzagante.
Durant toute cette année l’aventure
était vraiment « au coin de la rue », cachée
dans la constante incertitude du lendemain, du mouillage ou du port
vers lequel on voguait, du nouveau pays à
découvrir.
Où serons-nous, que ferons-nous demain, qui
va-t-on rencontrer, quelles inconnues, quelles nouvelles
galères parfois, voilà des questions qu’on ne
s’est vite plus posées tant les réponses devenaient
aléatoires et incertaines. On a tracé des routes, certes,
mais le fascinant chaos du voyage a vite bouleversé toutes nos
prévisions. Pas d’escale africaine pas plus de Cuba ou
de New York.
Mais au diable les échafaudages de salon, dans
le vécu, toutes choses s’imbriquent à la perfection
mais rarement comme on l’entend.
Alors, au travers de nos mille péripéties
on pourrait définir l’aventure, la notre tout du moins,
comme une succession d’évènements qui sortent de
l’ordinaire sans être extraordinaires.
On s’en est délecté chaque jour
(parfois avec le recul tout de même).
Commentaires